Abécédaire Imaginaire de l’Intelligence Artificielle – Économie des données et vie privée
Digiquité
/di.ʒi.ki.te/
n.f. Principe d’équité dans l’économie numérique visant à reconnaître la valeur des données personnelles et à assurer un partage juste des bénéfices entre ceux qui les génèrent et ceux qui les exploitent.
Incroyable mais vrai : voici enfin un néologisme de notre Alphabet Imaginaire qui se traduit sans effort en anglais (« Digiquity ») ! Une première qui tombe à point nommé pour un concept qui nécessite justement une conversation globale – même si, avouons-le, nous doutons fort que Silicon Valley et Beijing s’empressent d’adopter ce terme avec le même enthousiasme que Bruxelles.

« Cette application respecte les principes de digiquité en vous reversant 20% des revenus générés grâce à vos données. »
« La digiquité reste un concept théorique en quête de modèles économiques viables. »
« Sans digiquité, l’IA risque d’amplifier l’extraction de valeur au détriment des contributeurs de données. »
Fusion élégante de « digital » et « équité« , ce terme désigne ce qui reste encore largement une terre promise dans l’économie numérique : un système où vos précieuses données – ces miettes numériques que vous semez négligemment sur Internet et que les géants technologiques transforment en festins financiers – vous rapporteraient enfin plus qu’une vague satisfaction d’avoir « amélioré l’expérience utilisateur ».
Souvenez-vous comment nous avons collectivement mordu à l’hameçon du « c’est gratuit » pour découvrir, trop tard, que « si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit ». La digiquité propose de renverser cette dynamique avant que l’IA ne la rende définitivement irréversible. Car si vos données valent déjà une fortune aujourd’hui, imaginez leur valeur quand elles nourriront les modèles d’IA qui remplaceront peut-être votre emploi demain !
Le concept reste désespérément théorique, avec trois approches géopolitiques distinctes : l’européenne, qui protège vos données sans vous enrichir (merci le RGPD, mais notre compte en banque reste désespérément stable) ; l’américaine, où vos données financent des milliardaires en sweat-shirts qui vous expliquent que c’est pour « connecter le monde » ; et la chinoise, où vos données contribuent à un système de crédit social qui détermine si vous méritez de prendre le train (spoiler : soyez sages).
La digiquité nous rappelle ce paradoxe délicieux : individuellement, nos données valent à peine quelques euros par an, mais collectivement, elles créent des empires de plusieurs milliards. D’où l’importance d’approches collectives – coopératives de données, fiducies numériques, ou consortiums d’utilisateurs – pour rééquilibrer cette asymétrie de pouvoir fondamentale.
Si le RGPD a posé d’excellentes bases, la réglementation seule ne suffira pas. La digiquité exige une révolution dans nos modèles économiques et notre conscience collective. Elle nous invite à imaginer un Internet où nous ne serions plus les produits mais les actionnaires, où notre travail numérique quotidien (car oui, poster des photos de votre chat est techniquement un travail pour les algorithmes) serait enfin reconnu et rémunéré.
La prochaine fois que vous accepterez les conditions d’utilisation sans les lire (avouez-le, nous le faisons tous), demandez-vous : et si j’exigeais un peu de digiquité en échange de mes précieuses données ? Après tout, ces algorithmes ne seraient rien sans nous – il est peut-être temps qu’ils commencent à payer leur juste part du festin numérique.
Retour au Sommaire de l’Abécédaire


Laisser un commentaire