Abécédaire Imaginaire de l’Intelligence Artificielle – Impacts sociétaux et collectifs
Absurdologia
/ap.syʁ.do.lo.ʒja/
n.f. Science paradoxale de l’absurdité technologique, étudiant les phénomènes de circularité inutile où l’intelligence artificielle est employée pour complexifier ce qui pourrait être simple.
Vous avez déjà demandé à ChatGPT de rédiger un long texte à partir de trois idées simples, pour ensuite l’envoyer à un collègue qui le fera résumer par une autre IA… en trois points ? Félicitations, vous venez de réaliser une expérience fondamentale d’absurdologia, cette discipline académique émergente qui étudie les comportements technologiquement sophistiqués mais fondamentalement absurdes de l’ère numérique.

« L’absurdologia atteint son paroxysme dans les entreprises où les mêmes informations sont constamment reformulées par différentes IA sans jamais gagner en substance. »
« Les principes fondamentaux de l’absurdologia démontrent que plus on ajoute d’intermédiaires technologiques à un processus simple, plus on risque de perdre l’essentiel du message. »
« Un cas classique d’absurdologia : transformer trois points en un texte de 1000 mots par IA, pour ensuite le faire résumer en trois points par une autre IA. »
Fusion révélatrice d’ »absurdité » et « technologia« , ce terme désigne à la fois le phénomène lui-même et la science qui l’étudie. La Société Internationale d’Absurdologia (SIA), bien que fictive, pourrait classifier les manifestations de cette discipline selon une taxonomie rigoureuse.
Les absurdologues distinguent plusieurs niveaux dans leur classification savante :
- L’absurdologia primaria : utiliser l’IA pour effectuer une tâche qu’on aurait pu réaliser soi-même plus rapidement
- L’absurdologia secundaria : utiliser l’IA pour complexifier puis simplifier le même contenu
- L’absurdologia tertiaria : créer des chaînes d’IA où chacune défait ce que la précédente a fait
- L’absurdologia transcendentalis : utiliser l’IA pour analyser l’absurdité de notre utilisation de l’IA
Le premier théorème de l’absurdologia, publié dans la très sérieuse quoique fictive « Revue de la Redondance Technologique « , pourrait être énoncé ainsi : « La complexité technologique ajoutée à un processus est inversement proportionnelle à l’efficacité réelle obtenue, et directement proportionnelle au sentiment illusoire de sophistication ressenti par l’utilisateur.«
Cette science paradoxale nous invite à réfléchir sur notre fascination pour les solutions technologiques complexes face à des problèmes qui pourraient être résolus simplement. L’absurdologia révèle notre tendance à valoriser le médium plutôt que le message, comme si le détour par l’IA conférait une légitimité supplémentaire à une communication qui aurait pu être directe.
Au-delà de son aspect humoristique, l’absurdologia soulève des questions sérieuses sur notre dépendance croissante aux intermédiaires technologiques et sur le gaspillage énergétique qu’elle entraîne. Chaque génération de texte par IA consomme des ressources computationnelles significatives – les multiplier inutilement n’est pas seulement absurde, mais aussi écologiquement problématique.
Avez-vous déjà identifié des comportements relevant de l’absurdologia dans votre environnement professionnel ? Si oui, vous pourriez envisager d’établir un petit laboratoire d’observation et de soumettre vos découvertes au prochain Congrès de l’Absurde.
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